Interviews

Voici une interview exceptionnelle à plus d'un titre, tout d'abord la façon dont elle s'est réalisée, puisque je ne me suis pas déplacé, mais que nous avons réalisé cette interview en échangeant des e-mail avec notre invité du jour. Ensuite il s'agit du premier invité n'ayant pas de lien direct avec l'Elan Béarnais, mais il a fait, plus ou moins involontairement la une de l'actualité et de notre forum récemment, je parle du Président de la Ligue Nationale de Basket, René Le Goff, qui après avoir laissé un mot sur notre Livre d'or nous a fait l'honneur de répondre à nos questions.

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Prof : Avant de commencer l'interview pourriez-vous vous présenter, car beaucoup d'entre nous ne vous connaissent que très peu ?
René Le Goff : Un pionnier de l'informatique au service du basket ou un basketteur fondu de nouvelles technologies résument ma vie professionnelle et associative. J'ai pratiqué le basket à bon niveau puisque je suis licencié au Paris Basket Racing - ex Racing Club de france - depuis 48 ans; j'ai connu l'équipe première et les joies de la première et deuxiéme division de l'époque pendant 15 ans. Puis je suis devenu dirigeant; trésorier du basket, puis trésorier général et vice-président du RCF omnisports pendant 14 ans. A cette époque j'ai fondé la première SAOS - Société Anonyme à Objet Sportif - de France en 1989. Le Paris Racing Basket, puis le PSG Racing Basket et enfin le PBR dont je suis le président fondateur aussi bien de l'association que de la société anonyme, avec un titre de champion de France en 1997. J'ai participé à la création de l'UCPB - Union des Clubs Professionnels de Basket - que j'ai présidé pendant 6 ans. Après avoir abandonné mes fonctions au PBR en 2002 pour des raisons de conflit d'intérêt avec mon mandat de Conseiller de Paris - élu du 10e arrondissement de la capitale -, je me suis éloigné du basket pendant quelques mois avant de me porter candidat à la présidence de la LNB en septembre 2003. Sur le plan professionnel, j'ai occupé des postes importants chez IBM et UNISYS - première société au monde à avoir vendu un ordinateur en 1951- dont je viens de quitter la présidence en mai dernier. Parmi mes faits d'armes, j'ai lancé l'IBM PC, premier micro-ordinateur au standard Wintel en janvier 1983 aux côtés d'un certain Bill Gates; j'ai assuré la présidence d'IBM France Diffusion pendant 7 ans avant de devenir Vice-Président d'IBM Europe. C'est à cette époque que je suis devenu un gros sponsor de la LNB naissante et que j'ai mis l'informatique au bord des terrains avec les statistiques...en 1987!
En résumé, un président de ligue qui a joué au basket, un dirigeant d'entreprise qui a créé la première société anonyme du sport français, un président de club qui a été champion de France et l'un des tous premiers sponsors du basket professionnel français... très discret sur le plan médiatique!

Prof : Utilisez vous régulièrement Internet ?
René Le Goff : J'utilise l'informatique depuis 40 ans et j'ai travaillé sur l'ancêtre du web, le réseau EARN dans les années 70s. J'ai été parmi les premiers utilisateurs d'internet et j'ai contribué au premier site de la LNB, celui qui meurt actuellement. Ma consommation d'internet est très importante car elle est la solution à mes problèmes de communication et d'information. Je passe au moins 3 heures par jour sur le web...

Prof : Pour quoi faire ?
René Le Goff : Je travaille avec plusieurs ordinateurs et j'ai des adresses électroniques multiples pour traiter aussi bien mon courrier professionnel, d'administrateur d'entreprises, d'élu de Paris et de Président de la LNB. En dehors du courrier, je consulte le web pour suivre mes différentes activités, m'informer et préparer mes dossiers. Enfin j'ai plusieurs sites personnels.

Prof : Connaissez vous le site www.pau-orthez.com ? si oui qu'en pensez vous ?
René Le Goff : J'ai découvert votre site comme d'autres sites non officiels proches de nos clubs en début d'année et je le consulte régulièrement. J'ai apprécié l'interview de mon ami Pierre Seillant et c'est pour cette raison que j'ai déposé un message sur votre livre d'Or. C'est un très bon site qui apporte de l'information et je tiens à vous en féliciter.

Prof : Êtes vous déjà venus sur notre forum ( http://forum.pau-orthez.com ) ?
René Le Goff : Je ne suis pas venu sur votre forum, car je manque de temps ; mais puisque vous m'encouragez à le faire, je prendrai le temps nécessaire...

Prof : Quels sont en "amont" les faits, qui vous ont incités à prendre en compte la possibilité de remettre en question le système actuel ?
René Le Goff : Le basket professionnel français n'est plus compétitif sur le plan européen et notre ligue est depuis de nombreuses années un exemple d'immobilisme. Nous étions au début des années 90s bien placés pour réussir et nous avons loupé plusieurs rendez-vous importants. Entre temps, le rugby est devenu professionnel et s'est imposé à la deuxième place derrière le football. Dans ce type de situation, il faut remettre le modèle à plat et ne pas hésiter à utiliser des compétences extérieures pour aider la LNB, ses clubs et ses dirigeants à y voir clair. Personnellement je ne suis pas un partisan ou un adversaire du système actuel, mais je constate qu'il ne nous permet plus de nous développer. Notre sport a besoin de plus de reconnaissance médiatique en s'appuyant sur nos champions " made in France " ; c'est la condition impérative nécessaire, mais pas suffisante, pour relancer la machine.

Prof : Quelle a été l'influence exercée par les médias (presse écrite-> articles parus dans "l'équipe" - télévision->droit TV pour la finale et possible réconciliation avec les chaînes hertziennes) dans la prise de cette décision ?
René Le Goff : L'équipe dirigeante de la LNB est parfaitement consciente des problèmes du basket professionnel français et ne veut pas les résoudre avec une solution consistant à concentrer le potentiel humain et financier dans deux à trois équipes - modèle du basket professionnel féminin. Afin de conserver un championnat de France de très bon niveau, il faut gagner des parts de marché sur le plan économique et la seule différence avec les vainqueurs du jour c'est la télévision ! Le rugby professionnel comme le football bénéficie d'une contribution de la télévision proche de la moitié de toutes ses recettes ; la LNB ne reçoit de la télévision que 1% du total de ses recettes ! Cherchez la différence ? Il est donc normal d'écouter les spécialistes du conseil nous recommander de nous mettre en position de pouvoir mieux médiatiser la phase finale de notre championnat en évitant toutes les incertitudes d'organisation ne permettant pas de communiquer à l'avance sur nos rendez-vous. Quel va être le match décisif et où ?

Prof : Très controversée, cette décision engendre des interrogations plus ou moins intelligentes de la part des fans de basket, nous en avons retenue deux qui semblent pertinentes :
- "Cette Finale sèche à Bercy ne représente t'elle pas un manque à gagner pour les 2 clubs finalistes, sachant qu'en règle générale les salles faisaient le plein, 1 à 2 fois lors de cet événement"

René Le Goff : La réponse est oui à court terme, surtout pour un club comme Pau habitué des finales et disposant d'un grande salle. C'est un peu moins vrai pour Gravelines. Maintenant il nous reste à travailler pour que la recette nette de la finale 2005 soit au moins égale à la somme des recettes des matchs joués à Gravelines et à Pau en juin 2004.

Prof : La deuxième :
- "Sur une série en 5 matches, il y a peu de doutes, la meilleure équipe doit l'emporter. Sur une finale au couperet, c'est beaucoup de pression et peut être un résultat surprenant au bout ? Le titre de Champion de France ne sera t-il pas galvaudé dans ce cas ?"

René Le Goff : Là encore que veut-on ? Connaître le champion de France au début du championnat en sachant que le budget du club le moins bien doté de ProA est cinq fois moins important que celui de Pau ; ou bien donner une chance à d'autres clubs par une formule créant plus d'incertitudes. La NBA utilise à plein le système de Play Off car elle fait en sorte que toutes les équipes aient la même potentialité (système de draft, " salary capping " ou limitation de la masse salariale des clubs, ...) ; ce n'est pas notre cas et les experts du conseil nous recommande à la fois de donner plus d'intérêt à notre championnat et dans le même temps de préparer l'avenir pour peut-être revenir un jour à un système de Play Off. C'est pour cette raison que nous voulons que le ratio entre le budget le plus important et le plus petit budget annuel repasse sous la barre de trois à l'horizon 2008 avec un minimum de trois millions d'Euros annuels de recettes.

Prof : Avez vous pris en compte le fait que beaucoup de supporters des deux clubs finalistes (si ce n'est pas Paris) n'auraient pas les moyens de se payer le voyage en plus du billet du match?
René Le Goff : Ce problème est bien connu du football et du rugby qui voient leurs fans venir sans problème à Paris pour les finales du Stade de France. Même lorsqu'une équipe parisienne est en finale, l'équipe provinciale est souvent mieux supportée par les provinciaux de Paris.

Prof : Comment avez-vous tranché sur cette décision ? Pouvez vous nous donner un ordre d'idée de la répartition des pour et des contre cette nouvelle formule, sans forcément entrer dans le détail des voix.
René Le Goff : La LNB avait réuni tous ses dirigeants pour un symposium à Marcoussis et a proposé deux groupes de travail ; l'un sur le marketing et l'autre sur la formule de compétition. J'ai personnellement participé au groupe de travail marketing et Pierre Seillant a animé celui de la formule de compétition. Lors des conclusions de ces groupes de travail, j'ai été un peu surpris par la proposition car je m'attendais -comme d'autres d'ailleurs - à un système de Play Off pour les quarts et demi-finales et une finale sèche. C'est finalement le système de l'ULEB Cup qui a été proposé. Enfin au cours de l'assemblée générale, la formule a fait l'objet d'un ajout proposé par Jacques Monclar consistant en un tour préliminaire opposant les clubs classés de la cinquième à la douzième place. Cette modification a fait l'objet d'un vote qui a donné une légère majorité ; et je dois dire que j'ai voté contre car je pense que ce n'est pas bon pour les quatre premiers qui vont être privés de matchs pendant au moins dix jours. Au total, la modification a été adoptée à une très large majorité des suffrages exprimés, puisque les dirigeants les plus reconnus de notre sport l'avaient proposé.

Prof : Pourriez vous nous donner votre avis sur l'éventuel rachat du Paris Basket Racing par Tony Parker et son agent ?
René Le Goff : Etant le fondateur du Paris Basket Racing et ayant été le président du club qui a fait signer le premier contrat professionnel à Tony, je suis particulièrement attentif à ce rachat. A l'heure actuelle, il n'est pas encore finalisé et je suis dans l'attente de la décision finale. Ceci étant dit, je tiens à rappeler qu'une ligue forte a besoin de plusieurs clubs forts et la médiatisation de notre sport nécessite aussi une présence dans les grandes métropoles . Paris a un passé prestigieux avec de nombreux clubs aujourd'hui disparus du secteur professionnel : le PUC, le Stade Français, l'Alsace de Bagnolet... sont d'anciens champions de France avec le Racing Club de France qui seul demeure avec le PBR. Toute solution pérennisant notre futur à Paris est importante.

Prof : Avez vous quelque chose à ajouter, un commentaire personnel à adresser aux internautes de tous les clubs qui pourraient lire cette interview ?
René Le Goff : Je souhaite simplement conclure en rappelant que ce qui est important ce n'est pas la médiatisation du Président de la LNB, mais le succès du basket professionnel français. Je suis admiratif de la réussite de l'Elan Béarnais Pau-Orthez, je suis triste de la disparition de Limoges et mon souci premier est de préparer un avenir radieux. Il n'y a pas de fatalisme de la situation actuelle et nous devons tous retrousser les manches pour construire notre futur. Ne soyons pas obnubiler par nos paradigmes et transformons ensemble notre ligue. Cette transformation va être complexe ; il nous faudra communiquer et pour cela le réseau des internautes du basket a un rôle de premier plan à jouer. Je compte sur vous ; vous pouvez compter sur moi.

Voilà cette interview n'était pas prévue mais je tiens une nouvelle fois à remercier le Président de la Ligue de nous l'avoir accordée, elle permettra sans doute à chacun de mieux connaître ce personnage. D'ici quinze jours nous reprendrons la série d'interviews-présentation des responsables des Equipes de jeunes de l'Elan Béarnais que l'actualité nous a conduits à interrompre pour donner la parole à messieurs Seillant et Le Goff.

Prof