Interviews

Comme vous l'avez souhaité, c'est Claude Bergeaud qui passe à la question ce mois-ci. L'interview, réalisée par Prof a eu lieu lundi 3 novembre, dans le bureau de Claude Bergeaud au Palais des sports de Pau.

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Prof : Tout d'abord, merci d'avoir accepter cette interview, durant laquelle je me ferai l'interprète des forumeurs de la communauté Fort&Vert. La première question est un peu personnelle, allez vous quitter l'Elan pour l'Equipe de France ou pouvez vous assumer les deux fonctions ?
Claude Bergeaud : La première chose c'est que je ne suis pas en équipe de France, il y a pas mal de prétendants et beaucoup de monde pense à moi, j'imagine que ceux qui souhaitent prendre l'équipe de France ne doivent pas penser à moi et dire que je ne ferais pas l'affaire, donc aujourd'hui ce n'est pas encore fait. Mais si, dans le virtuel, c'était une oportunité qui se présentait et que la mission de l'equipe de France va au delà des 2 mois de compétitions, ça veut dire que je ne pourrai pas cumuler les deux fonctions. Maintenant si c'est pour faire une opération commando sur ces deux mois, c'est vrai que je pourrais cumuler. Mais, la réponse claire et nette à la question est que pour être efficace en Equipe de France,il faut faire un travail annuel, un travail en amont, bien évidemment pour préparer des jeunes pour le futur et si la proposition en Equipe de France est quelque chose qui s'inscrit dans le temps, comme moi je fonctionne, à savoir, que ma vie ç'était 20 ans dans un club(Pamiers) et 13 dans un autre (l'Elan) et pas un an par ci un an par là. Pour en revenir à l'equipe de France s'il y a un projet sur la durée il faut déjà préparer des juniors, des moins de 20 ans pour le futur de l'équipe de France et ça se fait pendant l'année, il n'est donc pas possible de mener de front un tel projet et une fonction dans un club. Si ça devait se faire je serai donc amener à quitter le club.

Prof : Au sujet de la formation, justement, que pensez vous du Championnat Espoir ?
Claude Bergeaud : La Formation à la Française est un grand sujet, aujourd'hui elle est identifiée autour de deux axes, le Pôle France (INSEP)qui récupère les meilleurs jeunes issus des Pôles Espoirs (régionnaux, comme celui de Mont-de-Marsan, où sont des jeunes de 13 à 15 ans) qui a donné Johan Petro pour citer le dernier, et dont est issu Tony Parker. C'est la filière Fédérale. Le deuxième axe, c'est les Clubs et les Centres de Formation. Au bout du bout on produit des joueurs, aujourd'hui on se renc compte qu'à l'issue du Championnat Espoirs, les joueurs n'ont pas de place pour jouer dans les championnats Pro. D'où l'interrogation sur l'utilité du Championnat Espoir. On peut se demander si on a la volonté de faire jouer des jeunes français dans les championnats Pros. Si c'est pour recruter des Etrangers et des Bosman à tout va c'est pas la peine de faire de la formation et donc un championnat Espoir.

Prof : Justement on voulait votre opinion sur le fait de mettre les meilleures formations Espoirs en N1 comme l'INSEP.
Claude Bergeaud : C'est ce que tout le monde voudrait au niveau des clubs, mais la Fédération ne veut pas car la Nationale 1 est quand même un bon championnat et il ya aurait tellement de clubs professionnels qui s'y inscrirait que la Nationale 1 serait diluée par la quantité. Tout ça c'est une philosophie politique, ce qu'il faut savoir c'est ce qu'on veut au bout : Veux-t-on former des bons joueurs ? Je suis persuadé que pour former des bons joueurs il faut que les Centres de formation jouent en Nationale 1. aujourd'hui l'avantage c'est qu'on peut faire de la formation avec les espoirs car il n'y a aucun enjeu sportif, Si l'elan finissait dernier du Championnat espoirs ils seraient quand même encore là l'an prochain, on ne prépare pas à des compétiteurs, or un sportif de haut niveau est un grand compétiteur et pour se former il lui faut une grande compétition.

Prof : A terme ne craignez-vous pas que d'autres clubs fassent comme Trévise, et prennent des jeunes de 15 ans pour les placer en couveuse dans des clubs affiliés ?
Claude Bergeaud : C'est assez différent, Trevise ne veut pas faire de formation à l'Italienne, en allant chercher des jeunes de 13-14 ans comme nous, on les forme et après 5 ans on a de bons joueurs, mais c'est du boulot et c'est trop long. Alors qu'est-ce qu'on fait, on achète des joueurs de l'Est à 18 ans, ça coûte plus cher, mais on a la garantie d'avoir des joueurs à potentiel et ces joueurs là, si on ne peut pas les conserver chez nous, on les vend de l'autre côté de l'Atlantique en NBA et on fait Jackpot. Nous on a la fierté d'avoir fait ça sauf que les joueurs on les a formé, Michael Piétrus est arrivé à 14ans et demi chez nous.

Prof : Que pensez vous des politiques de formation des autres clubs Français qui s'inspirent du modèle Palois ?
Claude Bergeaud : Si c'était des autres clubs, au pluriel on serait très content pour la défense du patrimoine du basket Français, le problème c'est qu'il n'y en a pas des mais un qui vient d'emboiter le pas de pau c'est... Le Mans qui joue avec des communautaires, certes mais qui a 3 jeunes à potentiel intéressant et on les voit sur le terrain ce qui est bien. Par contre, il n'y en a pas assez. Aujourd'hui je regrette que les clubs de Pro B qui veulent jouer la montée, fasse ça avec des moyens hors frontière qui risquent de complètement désintéresser les jeunes du basket Français. Les jeunes ne vont pas s'identifier à ces équipes où souvent il y a des contrats d'un an, et en un an on n'arrive pas à s'identifier et à aimer un joueur, et malheureusement on va avoir une désafection des salles, ce qui se passe pour nous au niveau de l'Elan, chaque année les équipes changent et il n'y a plus d'histoire, et les jeunes comme les autres ne viennent plus. Donc malheureusement il n'y a pas assez de club qui font ça, en Pro B il y a un club, c'est Chalon en Champagne qui s'est lancé là dedans mais pas plus.

Prof : Et vous, de quel modèle vous êtes vous inspiré ?
Claude Bergeaud : Mon modèle, c'est par rapport à mes racines, je suis issu du milieu fédéral, depuis tout petit j'ai été intéressé par l'éducation et je ne voulais pas faire du professionnalisme à tout va, prendre n'importe qui pour faire une équipe. Ce qui m'intéressait, c'était de prouver qu'on pouvait jouer avec des jeunes à très haut niveau. certes avec une stratégie d'encadrement, on a eu la chance d'avoir de bons cadres autour d'eux mais il était important d'aller au bout de mes idées. les jeunes ont l'avantage d'avoir beaucoup de fraicheur, et on a l'impression, qui se vérifie, d'apporter quelque chose, tant au plan humain, que social ou sportif. Je me demande ce qu'on apporte à des vieux pros qui arrivent et qui n'en ont rien à carrer. On les met en place et ça devient du cirque, un numéro de dressage et moi ça ne me plaisait pas d'être un dompteur de cirque.

Prof : Passons maintenant un peu plus à l'Elan, envisagez vous de recruter un jeune prospect Européen pour la rentrée prochaine ?
Claude Bergeaud : On a travaillé pendant 8 mois sur l'arrivée d'un prospect mais malheureusement le règlement Européen vient de changer et nous l'a interdit puisque la Fédération Yougoslave a mis son veto. ce jeune n'était pas connu quand je l'ai vu à Belgrade dans une école privée, mais depuis il est devenu international cadet, il fera 16 ans en décembre, et la Fédération a désormais le droit de protéger les moins de 18 ans. Puisque depuis le dernier championnat du monde il faut l'aval des parents, du club et de la Fédération Nationale pour qu'un jeune puisse changer de pays. Ce qui fait qu'aujourd'hui on est en recherche de prospects mais ils auront obligatoirement 18 ans. Ils seront donc automatiquement plus chers, mais ils sont confirmés et auront peut-être déjà pris des défauts. Ce que nous voulions c'était, recruter des jeunes de 16 ans ,comme on l'a déjà fait et comme on continuera à le faire, pour les "mouler" Esprit Label Elan Béarnais. Pour l'instant on est dans l'expectative, on n'a pas de noms pour la rentrée mais on est toujours en prospection.

Prof :Un nom a circulé concernant ce jeune : Dragovic
Claude Bergeaud : Oui. c'était bien celui dont je viens de parler.

Prof : Nous aurions voulu savoir si son recutement était définitevement abandonné ou simplement repoussé dans le temps ?
Claude Bergeaud : Il faut savoir qu'au niveau du recrutement on en est au même point que le foot des années 75-80, si celui qui découvre le premier un joueur ne le signe pas de suite, il se fait griller par les gros clubs. Et pour Dragovic, il intéresse les gros clubs et nous on ne peut plus suivre. Aujourd'hui c'est terminé car il va y avoir une surenchère financière sur lui, alors que nous lui proposions un projet sportif et financier, on avait une planification technique et sportive, déjà une intégration dans l'effectif pro mais derrière un projet financier avec des clauses de façon à avoir un transfert en cas de départ pour la NBA et un gros club Européen. Mais aujourd'hui la piste est abandonnée puisqu'on sait qu'il y a au moins deux clubs Italiens qui se sont mis sur lui et qui risquent de lui signer en anticipant un contrat pour le jour où il aura 18 ans.

Prof :Pouvez vous nous parler de la nouvelle vague de formation lancée en amont cette année avec les minimes et les cadets ?
Claude Bergeaud : On s'est aperçu que pour être efficace dans la catégorie Cadet, ce serait bien de travailler avec quelques prospects, en petite quantité. C'est pour cela que nous avons mis en place un projet Béarn, puisqu'on a ouvert l'union qui existait au niveau des Cadets, à l'U.S. Orthez, afin de permettre à ces jheunes de jouer dans une bonne compétition (Championnat de France) et d'avoir des entraînements quotidiens. On a ainsi une quizaine de garçons venant de chacun des 3 clubs de l'Union (en quantité à peu près égales) et je participe aux entraînements deux fois par semaine. De façon à ce que dans les années futures, en Cadets on ait passé un cap. Ce qui permettra d'avoir en Cadets, 2 ou 3 jeunes "de la maison" qui apporteront une valeur ajoutée. Et qu'on ne soit pas obliger de recruter chaque année des cadets. Notre Philosophie est de monter ainsi de catégories avec ce qu'on a en boutique. On ne recrute déjà pratiquement plus en Espoirs. Cette année il n'y en a qu'un c'est Johan Pétro. On passe de Cadets nationnaux en Espoirs, on a Xane D'almeida, qui est déjà un vieux de la vieille, on a aussi Julien Blanchot qui a été formé à l'Ecole de Basket de l'U.S. Pau Nord-Est et on est fier de sa progression qui l'amène maintenant en espoirs. Et ça on veut que ça se dynamise au niveau des minimes. On a un reel engouement, alors qu'ils s'entraînaient deux fois par semaine l'an dernier, on leur dit de passer à 3 ou 4 et ils sont là tous les jours...

Prof : A votre avis on peut espérer une nouvelle "saison de transition" d'ici 3 ou 4 ans comme en 2001 ?
Claude Bergeaud : La question s'est posée de savoir si on la faisait dès cette année, puisqu'on avait le départ de deux ou est-ce qu'on la diffère. Le choix a été de la différer, mais je pense que avec le bonheur qu'on a pris, tant au niverau humain qu'au niveau des résultats, on va y retomber, il y aura d'ici peu un nouveau projet jeune.

Nous vous proposerons la suite de cette interview la semaine prochaine, avec notamment le point de vue de Claude Bergeaud sur son successeur à la tête de l'Elan, sa vision d'Internet, les contacts de l'Elan avec la guadeloupe et son futur ainsi que sa réponse à la question subsidiaire posée par Matt sur le forum...